Photographie et taxidermie

2054… est un OVNI de la photographie plasticienne contemporaine. Une atmosphère de fin du monde. Des rats, aux airs humains… trop humains, errent seuls sur une Terre dévastée, vidée de toute vie.

Mêlant humour et tragédie, ce Memento mori satirique s’inspire des danses macabres, et nous rappelle en creux à notre finitude. Parce que, même s’ils sont morts et se contorsionnent, ils ont un petit quelque chose de mignon… Ils sont comme nous : beaux et tragiques à la fois.

Les rats, ces animaux en bas de l’échelle « sociale », mal-aimés de l’Occident, symbolisent bien souvent la vermine, la maladie, l’invasion. Leur image véhicule nombre de parties sombres et honteuses de notre Histoire, « l’Histoire avec sa grande hache »* ; et ici, comme dans Maus **, ce sont précisément eux qui nous tendent un miroir. >>>>

« En tout climat, sous tout soleil, la Mort t'admire
En tes contorsions, risible Humanité,
Et souvent, comme toi, se parfumant de myrrhe,
Mêle son ironie à ton insanité ! »

Charles Baudelaire, Danse macabre

>>>> Mêlant la photographie argentique à une forme inédite de naturalisation, cette série a été réalisée avec le partenariat du taxidermiste du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. L’artiste a créé une technique de « sculpture organique éphémère » que seule la photographie pouvait immortaliser. Le corps des animaux est maintenu en situation, pour un laps de temps très court avant de s’affaisser. La prise de vue doit ainsi être réalisée dans l’urgence pour capter les mises en scènes.

A l’image de ce monde abîmé dont il faudrait prendre soin, ces drôles de petits êtres fragiles sont réellement en suspend, à la limite de la disparition.

Anticipation ironique ? Sur une planète où le Vivant aurait disparu, est-ce l’avenir proche que nous nous préparons inexorablement… ?

* Georges Perec, W ou le souvenir d'enfance (1975)

** Art Spiegelman, Maus (1980-1991)